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Des arguments tirés par les cheveux

Ce que disent nos adversaires.

« Cette initiative augmente les frais de gestion, impacte négativement les rendements et augmente les risques pour le fonds de compensation AVS, les caisses de pension et la Banque nationale. »

Les frais de gestion supplémentaires restent très limités puisqu’il existe de nombreux prestataires des services financiers qui offrent des fonds excluant déjà les producteurs de matériel de guerre. Il est dès lors possible pour les caisses de pension de rejoindre des fondations ou des associations qui prennent déjà en compte les critères ESG ou d’exclusion de certains investissements. D’autres alternatives sont également possibles car ils existent d’innombrables offres de Screening qui peuvent être utilisées pour constituer un portefeuille sur mesure – et sans armes. De plus, les  placements durables permettent aux investisseurs d’améliorer leur profil risque/rendement. Les fonds d’investissement durables donnent ainsi lieu à des rendements à hauteur du marché voire supérieurs aux fonds classiques. En effet, ils sont moins volatiles, car ils ne contiennent pas d’entreprises qui pourraient jeter le discrédit sur leurs produits dans un avenir proche ou lointain. Parler d’influences négatives sur les revenus des institutions concernées, est une stratégie de nos opposant·e·s. Si nos caisses de pension avaient investi uniquement dans des placements durables il y a une année, notre avoir de prévoyance pourrait être supérieur de 1000 francs par habitant·e – en moyenne. Ces meilleurs rendements compensent donc largement les éventuels frais de gestion supplémentaires.

 

« Les PME et les microentreprises qui représentent 98% des industries MEM seront particulièrement impactées par cette initiative. »
Nos opposant·e·s avancent ici l’argument que les grandes entreprises obtiendront toujours des financements de l’étranger ce qui n’est pas le cas des PME et des microentreprises. Cet argument est clairement utilisé pour faire peur à la population. D’une part, les industries MEM sont plus diversifiées que ce qu’avancent le Conseil fédéral. D’autre part, la notion de matériel de guerre est extrêmement bien définie dans la législation suisse. En effet, l’annexe de l’ordonnance sur le matériel de guerre contient une liste des produits qui sont considérés comme du matériel de guerre. Seules les entreprises qui fabriquent un ou plusieurs de ces produits seraient indirectement touchées par l’initiative sur le matériel de guerre. Toutefois, cela ne sera le cas que si le paragraphe 4 de l’initiative est rigoureusement mis en œuvre. De plus, les banques et les caisses de pension suisses investissent déjà couramment leur argent de manière passive en investissant dans des indices boursiers. Or les indices boursiers ne comprennent généralement ni les PME suisses ni les microentreprises. Enfin, seules les entreprises qui réalisent plus de 5% de leur chiffre d’affaire annuel grâce à la production de matériel de guerre sont impactées par l’initiative. Il est donc évident que la plupart des entreprises de l’industrie MEM en Suisse ne remplissent pas ces conditions.

 

« Si la Suisse n’investit plus dans l’armement, d’autres le feront. »

Selon nos opposant·e·s, cette initiative ne changerait rien en matière d’offre et de demande sur le marché mondial. Affirmer cela revient à sous-estimer l’importance et l’influence de la place financière suisse. Le marché financier suisse est l’un des plus grands et des plus importants centres financiers du monde, puisqu’un quart des actifs mondiaux y sont gérés. The Global Financial Centres Index 27, classe la ville de Zurich au 14e rang des plus grandes places financières du monde. Si l’électorat suisse décide ne plus verser un seul franc dans l’industrie internationale de l’armement, cela transmet un puissant message et contribue à voir enfin l’industrie de l’armement pour ce qu’elle est : un mastodonte destructeur qui a une dynamique dangereuse et autoritaire. Accepter l’initiative enverrait un signal extrêmement fort aux autres pays : l’industrie de l’armement met en danger notre avenir – et personne ne devrait financer
cela.

Par Aline Bressoud