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Les avions de combat font décoller la participation aux votations

Un nombre surprenant de votant·e·s ont été mobilisé·e·s par les trois dernières votations sur les avions de combat. Comment expliquer ce phénomène ? JOSEF LANG

Parmi les 146 journées de votations des 50dernières années, celle du 27 septembre 2020 a connu la cinquième plus forte participation avec59,4%. Depuis 1971, trois des onze scrutins avec le plus grand taux de participation portaient sur les avions de combat. Le 6 juin 1993 (Stop F/A-18), ce dernier était de 55,6%, le 18 mai 2014(Gripen) de 56,3%. Dans le top 3 des sujets en matière de participation depuis l’introduction du droit de vote des femmes, nous constatons que les objets suivants ont le plus échauffé le plus les esprits : l’adhésion à l’EEE (1992,78,7%), l’« emprise étrangère » (1974, 70,3%)et la Suisse sans armée (1989, 69,2%).
Les affaires étrangères, les étrangers et l’armée : voici trois sujets d’identification fondamentaux au sein de la population suisse, qui mobilisent autant le camp du OUI que celui du NON. Ainsi, l’initiative de mise en œuvre de 2016 a été fortement rejetée parce que la mobilisation des opposant·e·s était plus forte que celle de la base de l’UDC. Toutefois ces sujets n’attirent pas nécessairement l’intérêt de la population à chaque fois, comme le montre le taux de participation lors du vote sur la réforme de l’armée en 2003 et sur l’abrogation du service militaire obligatoire – il se situait en dessous de 50% dans les deux cas.

GRAND NOMBRE DE SIGNATURES
Les avions de combat, eux, ne laissent personne indifférent, que ce soit du côté des partisan·ne·s de l’armée ou de ses opposant·e·s. Or,depuis une dizaine d’années, la participation plus critique et plus forte des femmes fait bouger les choses en notre faveur. Cette mobilisation constante qu’entraîne l’achat d’avions de combat est observable dès la phase de récolte de signatures : en mai/juin 1992, il avait fallu 32 jours au GSsA pour récolter 503’719 signatures pour une Suisse sans nouveaux avions de combat. Lors du référendum sur l’achat du Gripen, nous avons obtenu le double du nombre de signatures requises, et ce malgré le froid hivernal. Enfin, ce printemps, en pleine pandémie, plus de 90’000 personnes ont signé le référendum.
Pourquoi les avions de combat déchaînent-ils autant les passions ? Leur prix joue certaine-ment un rôle important. En effet, ils sont onéreux à l’achat, à l’entretien et à la mise à jour. Viennent s’ajouter à cela la pollution sonore et atmosphérique ainsi que le fait qu’ils soient le seul aspect de l’armée sur lequel la population peut se prononcer. Leur nécessité et leur utilité reste en outre difficile à justifier, mis à part pour la police aérienne.
Mais les avions de combat sont surtout la partie la plus visible de l’armée. Ainsi, ils représentent la cible idéale pour tous les hommes et femmes ces dernières étant plus nombreuses) qui sont sceptiques face à l’armée pour des raisons pacifistes, féministes et/ou antiautoritaires. Les forces aériennes sont en même temps l’aspect le plus concret et le plus controversé de l’armée – les personnes en faveur de celle-ci ont donc double-ment intérêt à défendre les avions de combat.

NOUS AUSSI, NOUS AVONS LE VENT EN POUPE
Malgré tout, l’Armée suisse ne peut pas être réduite aux forces aériennes. Elle n’est pas seule-ment l’objet de discussions techniques ou liées au personnel, elle a également une valeur symbolique. Ainsi, un tiers des personnes qui ont voté contre les nouveaux avions de combat ne sont pas prêt·e·s à abolir complètement l’armée,du moins pas pour l’instant. La raison principal en’a rien de rationnel mais vient plutôt d’un be-soin émotionnel de sécurité. C’est à ce dernier que cherchent à répondre les scénarios absurdes,répandus récemment par la NZZ notamment.Ils n’auront toutefois pas été d’une grande utilité pour l’armée de l’air, l’incursion non autorisée dans l’espace aérien par la Turquie semblant trop grotesque pour être crédible. Quelles sont les conséquences de cette am-bivalence pour notre engagement ? Les avions de combat ont toujours été et resteront l’un de nos sujets principaux. Nous continuons donc à nous diriger patiemment vers une Suisse sans armée, propulsés par l’antimilitarisme et le pacifisme et en s’appuyant sur le vent favorable que nous apportent, entre autres, les mouvements féministe et climatique