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Les bourgeois, saints patrons de Pilatus

La décision du DFAE de mettre fin aux services de Pilatus en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis (EAU) a provoqué un tollé au sein de la droite parlementaire. De son côté, grâce à un recours déposé devant le Tribunal administratif fédéral, Pilatus obtient un report jusqu’à ce qu’une décision soit rendue. Par Judith Schmid

Les réactions n’auront pas tardé : l’interdiction prononcée par le DFAE à l’encontre de Pilatus a provoqué une vague d’indignation, surtout en Suisse centrale. Le Conseil fédéral a dû faire face à de nombreuses protestations lors de son voyage annuel à Stans. Des panneaux de protestation portaient des messages tels que « Berne détruit des emplois ». Fin août, le gouvernement de Nidwald s’est rendu à Berne pour exprimer son mécontentement à l’égard de la décision du DFAE aux conseillers fédéraux Cassis et Parmelin qui semblaient – sans surprise – être ouverts à la discussion.

Le Yémen, qu’est-ce que c’est ?
Une grande partie des représentant-e-s bourgeois-e-s soutient également le constructeur d’avions. Peter Keller (UDC) et Hans Wicki (PLR) ont chacun déposé des motions, l’une auprès du Conseil national et l’autre auprès du Conseil des États. Elles visent toutes deux la Loi sur le mercenariat et ont été signées par de nombreuses personnes. Elles réclament la modification de la loi, qui n’a été adoptée qu’en 2015. Selon Wicki, celle-ci causerait « des dommages considérables à l’économie suisse », alors que pour Keller, « l’interprétation extrême » de la loi « frappe de plein fouet l’industrie suisse en mettant en péril de nombreux emplois, le savoir-faire technologique et le site de production suisse ». Mais jusqu’à présent, personne ne s’est soucié de la guerre au Yémen ayant déjà fait environ 200’000 morts, ni du rôle qu’y jouent l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. C’est bien pourtant aux armées de ces deux pays que Pilatus apporte son aide. La droite argumente de façon – venant d’elle – cohérente et attendue, mais elle fait preuve surtout d’une choquante ignorance. Les deux motions seront probablement examinées au cours de la session d’hiver et donc par un Parlement nouvellement élu. Il ne nous reste plus qu’à espérer que nous pourrons déjà récolter les premiers fruits d’une présence croissante de la gauche dans l’hémicycle et que ces deux objets seront rejetés. Et si ce n’était pas le cas, l’éventualité du lancement d’un référendum afin d’éviter un changement de loi aussi opportuniste, n’est pas exclue.

Report de l’interdiction
Pendant ce temps, Stans pousse un soupir de soulagement. En septembre, le Tribunal administratif fédéral a décidé que Pilatus pouvait continuer à fournir ses prestations dans les deux pays du Golfe jusqu’à ce qu’une décision finale soit prise, alors qu’en début d’été, il était encore question d’un délai de 90 jours durant lequel Pilatus aurait dû cesser ses activités. La question de savoir si l’affaire aura des conséquences pénales pour l’entreprise reste toutefois ouverte, car la plainte déposée par le DFAE auprès du Ministère public de la Confédération n’a pas encore été examinée.