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Une explosion des coûts sous couvert de mesures progressistes

Viola Amherd surfe sur la vague du succès. Du côté bourgeois, on dit qu’elle « a débuté de manière phénoménale et qu’elle connaît déjà très bien ses dossiers ». Elle semble également avoir surpris la gauche de façon positive. Donc, tout va bien dans le meilleur des mondes ? Loin de là. Par Martin Parpan

Il est vrai que, à première vue, Viola Amherd confère un visage différent au DDPS, surtout si on la compare à Guy Parmelin, son prédécesseur quelque peu crispé et loin d’être charismatique. Des sondages révèlent que la population lui donne de bonnes « notes de sympathie ». Cela est certainement lié au fait qu’elle aborde des thématiques dont personne n’avait parlé au sein du DDPS auparavant, notamment la protection de l’environnement. Elle a même l’intention de faire de son département un leader vert, en installant des panneaux solaires sur les casernes ou en réduisant les émissions de CO2 grâce à des véhicules énergétiquement plus efficaces. Elle souhaite également faire avancer les choses en ce qui concerne la représentation féminine, son but étant d’augmenter le pourcentage de femmes dans des positions dirigeantes et dans l’armée en général. Lorsqu’il est question d’acheter de nouveaux avions de combat, elle s’entoure de personnalités connues et appréciées de la population, par exemple Claude Nicollier. Ainsi, l’astrophysicien et ancien astronaute s’est fait auteur d’un rapport sur la « défense aérienne du futur ».

Plus, plus, toujours plus
Or, il existe également un autre côté, bien plus décisif, de la stratégie politique de Viola Amherd. En effet, le DDPS veut non seulement acquérir des avions de chasse inutilement chers, mais également, au cours des dix prochaines années, des systèmes d’armes pour les troupes au sol d’une valeur de 7 milliards, ce qui, avec les avions de chasse, fait augmenter le prix total de ces « cadeaux » à
15 milliards de francs. De plus, au cours des prochaines années, Viola Amherd veut
accroître le budget de l’armée pour le porter à 6 milliards. La stratégie de la nouvelle Conseillère fédérale pour défendre cette explosion des coûts ne diffère pas de celle des anciens chefs du DDPS. Elle répète inlassablement que l’armée doit être modernisée et que cela aurait dû être fait il y longtemps déjà. On nous donne l’impression que l’armée est « sur le point de mourir », ce qui mettrait
en danger la population. Bien entendu, ce sont des sornettes : la Suisse n’est pas menacée sur le plan militaire et la population se sent en sécurité. Une étude de l’EPFZ à ce sujet le confirme : lors d’un sondage représentatif, 95% des sondé-e-s disaient se sentir en sécurité en Suisse, de manière générale. Il semblerait donc que la population ne réponde pas à la stratégie de la peur du DDPS. De
plus, Viola Amherd se contredit elle-même. Avec son idée d’un « DDPS vert », elle semble avoir reconnu que la véritable menace n’est pas militaire, mais écologique. Or, en mettant tout en œuvre pour obtenir « toujours plus d’armée », elle met également tout en œuvre pour émettre plus de CO2. Acheter autant de matériel et ne prévoir que des mesures d’efficacité énergétique ponctuelles ne sert pas à grand-chose et revient à procéder à du greenwashing. En ce qui concerne les
femmes, il est évident que le DDPS s’intérese surtout à elles parce que toujours moins d’hommes veulent faire le service militaire. Les femmes servent donc uniquement de bouche-trous.

Une politique hautement dangereuse
En fin de compte, la politique de Mme Amherd paraît « sympathique » au premier abord, mais se révèle être très dangereuse. En effet, elle associe une politique budgétaire débridée et des dépenses exorbitantes à des thèmes progressistes tels que le marketing écologique et une meilleure représentation féminine au sein de l’armée. Nous courons le risque que le véritable problème, c’est-à-dire l’expansion de l’armée, n’obtienne pas assez d’attention. L’objectif, pour les cercles pacifistes, doit donc être d’attirer l’attention sur ce qui se passe réellement au sein du DDPS,
l’expliquer et lutter contre cette stratégie politique. Sinon, il se peut que la Suisse se réveille un jour et doive constater qu’elle dispose d’encore moins de moyens pour l’éducation, la protection de l’environnement et la santé, parce qu’ils ont été dévorés par la pieuvre qu’est l’armée.