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Non au gaspillage de nos impôts

Le Parlement veut dépenser 24 milliards de francs pour de nouveaux et luxueux avions de combat. Cet argent manquera dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la lutte contre le changement climatique. Toutefois, le DDPS n’a même pas envisagé de scénarios alternatifs moins coûteux qui garantiraient le service de police aérienne.

Par Laura Riget

« C’est trop cher ». Qu’il s’agisse du congé paternité, de la réduction des primes d’assurance maladie ou de l’augmentation des retraites, le dogme bourgeois est clair. Selon eux, il faut faire preuve de responsabilité dans la gestion de l’argent des contribuables et ne pas le jeter par les fenêtres. Mais ces arguments ne semblent pas toujours s’appliquer. Lors de la session d’hiver 2019, la majorité de centre-droit au Parlement a approuvé l’achat de nouveaux avions de combat pour six milliards de francs. Si l’on inclut dans le calcul les coûts d’entretien, de réparation et d’exploitation, ce sont 24 milliards de francs qui sont en jeu sur toute la durée de vie de ces avions.
Il est clair qui la population devra subir les conséquences de cette politique financière insensée. La somme qui aura été dépensée pour augmenter le budget de l’armée afin de financer les nouveaux avions devra être compensée au moyen de coupes budgétaires et d’augmentations d’impôts

Le service de police aérienne est garanti même sans nouveaux avions de chasse
Le Conseil fédéral a répondu à une interpellation de Roland Fischer, Conseiller national des Vert’libéraux, selon laquelle seuls huit avions seraient nécessaires pour assurer les missions de police aérienne renforcées. Afin d’assurer la formation et de disposer d’une réserve stratégique, quatre avions de combat pourraient être ajoutés à ce chiffre, ce qui porterait finalement à 12 le nombre maximal d’avions de combat requis pour assurer un service de police aérienne renforcé. La comparaison internationale montre également qu’un tel effectif serait raisonnable.
Cela signifie que les 30 F/A-18 existants suffisent largement pour remplir la mission de police aérienne et que tout achat supplémentaire serait donc un luxe inutile. Avec le programme d’armement 2017, le Conseil fédéral et le Parlement ont également veillé à ce que les F/A-18 soient pleinement opérationnels au moins jusqu’en 2030. En outre, une alternative pour la police de l’air serait les avions de combat légers comme le montre le PS dans son concept « Air2030plus ». Mais ces scénarios alternatifs moins coûteux n’ont même pas été examinés par le DDPS.

Des deals inefficaces et coûteux
Comme d’habitude quand il s’agit d’armement, le Parlement a également décidé que l’achat de nouveaux avions de combat pour plusieurs milliards de francs devrait être compensé par des arrangements entre la Confédération et les fabricants (affaires compensatoires). Pour la première fois, le fabricant étranger devra réinvestir 60% de la valeur contractuelle dans l’industrie suisse. Jusqu’à présent, la norme était de 100%. Ces affaires compensatoires augmentent bien entendu le prix d’achat.
Le raisonnement qui se cache derrière est que si l’on prend en compte la création d’emplois, les recettes fiscales, le transfert de technologie et l’amélioration de l’accès aux marché, les effets des affaires compensatoires sont positifs pour l’ensemble de l’économie. Cet argument est très contestable, même le Contrôle fédéral des finances le confirme. Dans son étude de 2007, il a conclu que ce type de négociations n’avait guère d’effets économiques durables pour les entreprises suisses dans le secteur de l’armement.
Il est donc clair qu’il ne s’agit pas de promotion économique mais de marketing afin de persuader la population d’accepter l’achat de ces avions. Les affaires compensatoires deviennent un argument de vente politique qui permet de dédommager les six milliards de contribuables suisses.

Des dépenses 2,5 fois plus importantes !
Résumons : le Parlement veut acheter des avions de combat dont nous n’avons pas besoin pour renforcer le service de police aérienne. Au lieu d’acheter uniquement des avions de combat légers, il préfère les avions de combat de luxe, qui sont rendus encore plus chers par ces deals protectionnistes. Tout cela pour 24 milliards de francs, une somme qui manquera pour d’autres projets. En 2014, 53,4% de la population a dit « non » au Gripen, qui n’aurait coûté « que » dix milliards de francs au total. Apparemment, le DDPS n’a pas appris de ses erreurs et retente le coup, à un prix 2,5 fois plus élevé. « Vous en reprendrez bien un peu plus ?» semble être le mot d’ordre. Nous ne pouvons pas accepter ce gaspillage d’argent et nous sommes prêt.e.s pour une campagne aussi puissante que celle menée contre le Gripen !